Emballage alimentaire, santé et développement durable : l’histoire d’un paradoxe

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Qu’on parle de boite, de sac, de pellicule plastique : l’emballage alimentaire est souvent décrié, perçu comme une source de pollution ou de contamination. Pourquoi l’utiliser alors? Pour ses fonctions primaires essentielles au produit qu’il recouvre : la protection, le transport, la conservation, le stockage et l’information. Dans une certaine mesure, l’emballage permet aussi de réduire le gaspillage des aliments. Il joue également un rôle positif majeur pour la santé et la sécurité des consommateurs. Bref, l’emballage protège ce qu’il vend, et vend ce qu’il protège!

La santé et le développement durable : voilà le thème de notre blogue ce mois-ci. Avant de revenir à l’emballage, rafraichissons-nous la mémoire sur la définition même du développement durable : « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Cette définition véhiculée par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) du Québec pourrait se résumer ainsi : soigner le présent pour préparer un avenir sain. La santé, n’est-ce pas justement la base de tout développement, de tout projet d’avenir, de toute action? Le lien entre santé et développement durable apparaît évident. Il est pourtant plus complexe qu’il en a l’air…

Migration des huiles minérales 101

Des chercheurs suisses du Food safety laboratory de Zurich ont fait une découverte au sujet du papier recyclé utilisé pour fabriquer des boîtes en carton : il contiendrait des huiles minérales, capables de traverser l’emballage et de se diffuser dans la nourriture. À la lumière de cette conclusion, ces « ingrédients » imprévus soulèvent des questions, notamment sur la santé des consommateurs.

À l’origine de cette polémique, il y a d’abord un joli paradoxe écologique : c’est le recyclage du papier, et notamment l’encre des journaux, riches en huiles minérales, qui poserait problème. Une action écologiquement responsable, fabriquer un emballage à partir de fibres recyclées, présenterait ainsi un aspect plus controversé.

Fait rassurant, les dangers réels pour la santé humaine sont pour le moment très incertains. À ce jour, aucune étude n’a pu démontrer la toxicité des huiles minérales chez l’homme. Il reste que le paradoxe mérite qu’on y prête attention.

Un débat à suivre?

Si, en Europe le sujet fait débat, en Amérique du nord, il est largement ignoré. Il faut dire que la situation est différente. Les études ont montré que les cartons nord-américains contiennent beaucoup moins d’huiles minérales que ceux produits en Europe.

Pour l’heure, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et la Food and Drug Administration (FDA) ne se sont pas prononcées sur ce le sujet. Il serait pourtant opportun de combler le vide réglementaire actuel et de définir une réglementation sur les huiles minérales. Il faudrait également conduire d’autres études : méthodes d’analyses, migration des huiles et impact sur la santé humaine.

Sans doute que oui, il y a migration des huiles minérales vers les aliments. Malheureusement, les connaissances actuelles ne permettent pas d’affirmer hors de tout doute que cette migration ne pose aucun risque sur la santé humaine. Une nuance à considérer : nous ingurgitons quotidiennement de nombreux composés potentiellement toxiques, et il n’est pas démontré que les emballages doivent être davantage incriminés que d’autres sources de contamination.

Des solutions existent, certaines radicales, certaines très couteuses. Leur conséquence : elles entraineraient inévitablement une hausse du prix des aliments en magasin. Dans un prochain billet, nous vous présenterons quelques-unes de ces pistes de solutions. Pour le moment, il faut importer un peu de rationalité dans le débat. Il faut relativiser. Si l’on s’alimente de manière variée et équilibrée, le risque pour le consommateur est négligeable.

Et vous, qu’en pensez-vous? N’hésitez pas à partager votre point de vue.

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À propos de l'auteur
Islem Yezza

Islem Yezza est directeur technique et développement des affaires au sein de Cascades. Il a œuvré tant dans le domaine de la recherche institutionnelle que dans le secteur privé, en occupant notamment le poste de Directeur R&D d'une organisation spécialisé en emballages flexibles. Il est titulaire d’un doctorat en bioprocédés de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Islem détient également un brevet sur la production de plastique biodégradable à partir de l’eau d’érable. Ces dernières années, il s’est spécialisé dans le domaine des emballages émergents, des plastiques biodégradables et du développement durable. Islem a produit plusieurs publications scientifiques et articles de vulgarisation, et a participé à plusieurs conférences nationales et internationales. En tant que spécialiste des plastiques biodégradables et des emballages émergents, il participe régulièrement à des discussions sur le sujet dans différents médias : presse, radio et télé.

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2 commentaires
  1. rabehi at 11:45

    Parmi les étapes importantes de l’industrialisation d’un produit alimentaire est la validation de son contenant .En effet la sécurité des matériaux en contact avec les aliments doit être évaluée par des protocoles qui mesurent le degré de migration d’agents contaminants .
    Suite aux résultats de cette étude une question se pose :
    doit on incorporé dans les contenants de nos produits alimentaires des matériaux recyclés? si oui dans quelles proportions ?

    • Islem Yezza
      Islem Yezza at 5:57

      Les matériaux recyclés peuvent être utilisés pour fabriquer des matériaux d’emballage alimentaire. Cependant, leur utilisation dans le contact alimentaire dépend du type d’aliment. Les papiers et cartons recyclés peuvent être utilisés dans les emballages pour aliments secs et pour les produits alimentaires non pelés. Mais pour les produits gras ou humides, il y a des limitations. Par contre, pour les emballages qui ne sont pas destinés au contact direct avec les produits alimentaires, les matières recyclées peuvent être utilisées sans limitation.
      Santé Canada a énoncé un ensemble de lignes directrices pour déterminer l’acceptabilité des fibres recyclées comme matériaux d’emballage des aliments. Ces lignes directrices peuvent être consultées sur le site de Santé Canada, à l’adresse suivante :
      http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/securit/packag-emball/index-fra.php
      Merci de votre commentaire.

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