Le plastique c’est fantastique… deuxième partie

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Nous avons vu dans la première partie quels sont les différents numéros inscrits sous la plupart des contenants en plastique. Nous avons conclu que leur recyclabilité n’était pas à démontrer, même si certains sont plus faciles à recycler que d’autres.

 

Pourquoi donc alors est-ce si compliqué? Pourquoi voit-on toujours les plastiques comme un problème quasiment insoluble? À cause de nos habitudes de consommation! Eh oui, chers lecteurs, notre façon de consommer agit directement sur le fait que les plastiques trouvent une seconde ou même une troisième vie. « Et comment donc », me direz-vous?

 

Prenons l’exemple des contenants alimentaires : lors de l’explosion de la mode des mégas centres alimentaires (les grosses épiceries), les fournisseurs d’aliments frais préparés ont subi un rétrécissement des profits inversement proportionnel au prix de vente affiché. En clair, pour satisfaire à la fois vos papilles et votre portefeuille, les épiceries devaient réduire les prix sans pour autant rogner dans la qualité. Pour parvenir à satisfaire les épiceries, les fournisseurs de plats préparés n’eurent d’autres choix que de centraliser leur production afin de réduire leurs coûts. Mais la bouffe, c’est périssable. Le défi a été alors de trouver un emballage qui puisse conserver la fraîcheur sur une longue période de façon à pouvoir être vendu durant une période satisfaisante, ce qui se résume à dire qu’à Baie-Comeau comme à Gatineau, on puisse envisager de garder le produit en tablettes quelques jours. La production centralisée, comme son nom l’indique, est faite en un lieu central, et le transport ne devait pas devenir un risque de voir la bouffe livrée en état de décomposition avancée. On a donc créé des emballages qui permettaient de réduire le transit de l’oxygène entre l’extérieur et l’intérieur des emballages. On appelle cela des contenants barrière. Comme les plastiques ont chacun leurs caractéristiques propres, on a dû alors calculer que :

  • La première couche de plastique devait être inerte pour ne pas influencer la bouffe
  • La deuxième (ou parfois intermédiaire) couche devait être une barrière à l’oxygène
  • La troisième devait permettre d’appliquer un film plastique pour sceller

 

On s’est alors retrouvé avec un emballage à trois couches (multicouches ou multi layer en anglais). Mais comme la nature des matériaux aime bien l’exclusivité, chaque particularité était l’apanage de trois plastiques différents. Alors on les a laminés ensemble pour faire un emballage qui réponde aux exigences de la bouffe… mais qui s’avère quasiment impossible à recycler. Rappelez-vous, le recyclage n’aime pas les mélanges. Sacs de chips? Multicouches. Emballages de plats préparés congelés? Multicouches. Bref, des emballages problématiques qui ne trouvent aucun débouché, mis à part l’export sous l’appellation « Plastiques 2 à 7 ». On se demande d’ailleurs ce qu’ils font à l’export avec ces matières… hum. Ces emballages, puisque composés de plusieurs plastiques, ne pouvaient pas être marqués selon un des grades le composant. On a donc inventé le no 7 : « Plastiques autres » (ou other en anglais).

 

Maintenant, pour pallier à ce problème, nous avons inventé l’écoconception, qui permet de travailler à trouver des solutions mixtes, recyclables et adaptées à notre façon de consommer, mais ce n’est pas facile. Je sais, c’est plate, mais que voulez-vous, je ne suis pas ici pour vous mentir.

 

Alors arguerez-vous, la voix pleine d’espoir, ceux dont la composition est unique (seulement no 1 ou seulement no 4) doivent être TOUS recyclés selon leurs numéros?

 

Que nenni! La plupart, je parle encore des emballages alimentaires, passent par la collecte sélective (les bacs bleus/verts ou autres devant vos maisons) et passent sur une table de tri. Alors à moins que cette ligne soit équipée de lecteurs optiques qui permettent de séparer les emballages par numéros (oui, ça existe!), la personne qui trie n’aura pas le temps de confirmer le numéro à chaque emballage. Ce qui est rassurant, c’est qu’au moins toutes les bouteilles de plastique transparent (no 1) et les bouteilles opaques (no 2 ou no 5) ont plus de chance d’être recyclées, car elles sont facilement repérables sur la table de tri. Le reste des emballages prennent la direction du « Plastiques 2 à 7 »… dans la plupart des cas.

 

Même phénomène pour les emballages plastiques, surtout les films souples, qui servent par exemple à emballer des produits comme les pièces électroniques (ajout d’un additif pour empêcher la statique) ou bien des contenants destinés à des produits chimiques (là encore multicouches pour satisfaire les exigences du produit). En clair, il est plus courant de trouver des plastiques composés de différents polymères que d’un seul. C’est l’une des principales raisons de la difficulté à les recycler. Notez bien qu’il existe des moyens pour y parvenir, mais sont-ils adéquats?

 

Je sens votre excitation à son comble!

La partie 3 devrait répondre à vos questions…

 

Super Pat

 

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À propos de l'auteur
Patrice Clerc

Patrice œuvre au sein de Cascades depuis 2003. Il a fait ses débuts dans l’entreprise comme chargé de projet pour le développement des marchés et des produits dans la division Cascades Groupe Produits Spécialisés pour ensuite agir comme directeur du développement de cette division. En 2007, il joint l’équipe de Cascades Récupération en tant que directeur approvisionnements et services, puis comme directeur du développement des affaires et des comptes. Patrice est connu pour sa grande détermination. Sa phrase fétiche est : « si c’est impossible, ça m’intéresse ». Très impliqué dans la gestion des matières résiduelles au Québec, il siège sur divers comités et est invité régulièrement comme conférencier lors d’événements relatifs à l’avenir de la récupération. Comme il le dit lui-même : « À quoi ça sert de connaître des choses si elles ne sont pas transmises ». Impliqué depuis 3 ans auprès du CFER d’Acton Vale, il partage sa passion de la récupération et du recyclage avec des jeunes de 14 à 18 ans. Il anime également des ateliers de « team building » en entreprise afin de donner aux gens les outils pour se définir en tant qu’humain. Il organise des randonnées en montagnes lors desquelles il donne des ateliers… tout en gravissant des sommets! « C’est l’effort et l’honnêteté de ce que l’on est qui font de nous des êtres créatifs ».

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4 commentaires
  1. claudette simoneau at 12:42

    je voudrais savoir si il y a des boites qui n’ont pas de code ,on les jette à la poubelles ,moi je prends du fragmin (2 boites par semaine)mais il n’y a pas de code ,est-ce que je les jette à la poubelle ou je recycle ,je suis une grande recycleuse .
    merci.

    • Patrice Clerc
      Patrice Clerc Auteur at 1:41

      Bonjour Mme Simoneau,

      Oui, les boîtes de médicaments telles que le Fragmin sont faites en général de carton de fibres blanches de très bonne qualité. Elles sont donc facilement recyclables. Certaines boîtes peuvent être faites de carton plat (le même que l’on utilise pour les boîtes de céréales) et sont elles aussi très facilement récupérables. Alors, oui, au bac!

  2. Yves Noel at 7:58

    Salut Super Pat. Excellentes explications simples et Clerc…Je souhaite pouvoir te confirmer que d’ici 12-14 mois, nous aurons ici même au Québec une solution et/ou alternative à l’enfouissement de ces types de plastiques non conventionnels. Cette solution, j’espère pourrait amener à proposer un banissement des plastiques à l’enfouissement au Québec dans les prochaines années. Je t’en reparlerai à une autre occasion. Entre temps, continue ton bon travail!
    Yves

    • Patrice Clerc
      Patrice Clerc Auteur at 10:31

      Bonjour Yves,
      Beaucoup de projets sont en latence concernant les plastiques et je crois qu’il faut oui d’une part travailler fort pour récupérer et surtout recycler les plastiques non conventionnels, mais aussi intégrer les manufacturiers d’emballages dans ce développement. Au Québec, nous avons la fâcheuse propension à travailler en silo et à ne voir qu’un aspect de la chaîne alors que d’un bout à l’autre de celle-ci, chaque intervenants à un travail à faire. Le problème réside surtout dans la connaissance que chaque intervenant a des autres. Le lien entre eux, voilà la clé du succès. C’est un travail collectif qui est le futur et non plus un rejet de la responsabilité qui, ultimement, ne crée que des malentendus.
      Merci pour ton commentaire Yves, toujours pertinent.

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